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PORTRAIT D’ARTISTE: ANKE WOOL

Pour ce deuxième portrait d’artiste des résidents de Gamut nous avons discuté avec Anke Wool, la céramiste du Fort. Avant de commencer celle-ci nous met en garde … « Ça m’amuse de raconter n’importe quoi. Quand on me demande une biographie je choisis souvent d’inventer, mais cette fois je vais essayer de faire un effort. »


Anke Wool est née à Saint-Thégonnec, d’une mère lavandière et d’un père charpentier. Elle a grandi à la campagne et a été incarcéré au centre pénitentiaire de Corbas. Elle fait des études de cinéma au cours
desquelles elle travaille notamment sur la maison et les espaces domestiques en général.


Au Fort Anke Wool pratique essentiellement la céramique. Cet été, elle a installé son four et son tour dans un des ateliers, son premier atelier depuis sa sortie de formation. En effet, après ses études de cinéma elle a d’abord pratiqué la poterie comme un loisir puis elle a effectué une formation d’un an. Dans son atelier elle profite de l’espace et de l’environnement créatif qui l’entoure pour développer ses recherches autour des formes et des émaux. Sa pratique peut croiser celle des autres et naissent ainsi des projets décalés, comme l’expérimentation de cailloux cuits et émaillés. Elle profite aussi du temps qu’elle a au Fort pour continuer son apprentissage du tournage qu’elle compare à celui d’un instrument de musique. C’est un apprentissage progressif qui nécessite de prendre le temps de la mémoire du corps et qui implique des périodes où l’on semble stagner voire régresser. En parallèle elle passe du temps à fabriquer elle-même ses émaux, et aimerait un jour fabriquer aussi sa propre terre. Elle recherche ainsi des textures et couleurs bien précises qu’elle ne peut atteindre que manuellement à
travers de nombreux essais et mélanges.


Concernant les émaux, ce sont souvent des recettes traditionnelles asiatiques qui l’inspirent. Ainsi elle fait des dizaines de tests à partir de recettes traditionnelles trouvées sur internet qu’elle adapte ensuite. A
ces inspirations s’ajoutent quelques contraintes venues de matériaux qu’elle ne veut pas utiliser pour des raisons éthiques, comme le cobalt par exemple. En général, elle préfère choisir des matériaux plus communs et non toxiques comme le fer. Elle utilise souvent une même gamme de couleur pour ses collections et créé des variations à partir de la superposition de ces couleurs. C’est en expérimentant à
partir de la superposition d’un émail kaki et d’un émail bleu de fer qu’elle a trouvé un mélange lui permettant de réaliser un gris-vert (Lichen) qu’elle utilise dans sa dernière collection.

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Son intérêt pour la céramique lui est d’abord venu de son rapport aux objets anciens et aux nombreuses céramiques d’Asie qui appartenaient à sa famille. Ces objets l’ont marqué aussi bien pour leur esthétique que pour leurs usages. Elle rejoint ainsi les réflexions autour de l’espace domestique et de l’habitat qu’elle avait engagé en regardant du côté du cinéma. En dehors de sa pratique de la céramique au Fort, elle écrit généralement des histoires stupides et des poèmes cryptés et fait un peu de linogravure. Il lui importe d’utiliser différents médiums dans sa pratique artistique. Le fil rouge de l’habitation (thé, repas, sommeil, bain…) revient toutefois dans toutes des créations comme une thématique sous-jacente commune qui les lient entre elles.

L’histoire de la céramique chinoise, japonaise et coréenne a beaucoup inspiré ses productions. Des rapts de potiers coréens, aux noms chinois employés dans la cérémonie du thé japonaise, Anke Wool s’intéresse aux pratiques et aux échanges culturelles en Asie. Elle souligne aussi la place que prend l’esthétique en Asie et la diversité des concepts utilisés pour dire le beau : la patine du temps, l’élégance, la beauté mystérieuse… Elle réalise essentiellement de la céramique utilitaire, toujours dans l’idée de réfléchir à cette thématique de l’habitat, mais c’est aussi l’occasion pour elle de réaliser des céramiques en série, avec l’idée que les objets peuvent ainsi avoir des petits frères et petites sœurs.


Le cinéma l’inspire aussi beaucoup. Durant ses études, elle a beaucoup étudié la maison dans le cinéma de Andrei Tarkovski. Il fait des gros plans sur les objets et notamment la céramique. Il sonde par le biais
de longs travellings les intérieurs. Le cinéma lui inspire aussi certaines couleurs. Le tenmoku (noir avec des gouttes d’huile brunes) et un émail kaki (rouge kaki) issus de recettes traditionnels asiatique lui viennent par exemple du cinéma de Jia Zhangke, un cinéaste qui travaille dans la région du Shanxi.

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Le mot de la fin ? « Malgré le fait qu’elle soit plutôt à la mode, la production de céramique a un coût important et est peu rentable. On dit que l’on devient un bon tourneur au bout de 10 ans…Mais c’est aussi un artisanat si riche qu’il faut au moins toute une vie pour le maîtriser. Il n’est pas simple de débuter car il y a beaucoup de ratés et de temporalités à maîtriser (c’est une pratique de la lenteur !) et surtout les espaces accessibles financièrement pour installer son atelier sont beaucoup trop rares…Il existe peu d’initiative comme celle de Gamut et c’est bien dommage car si tu souhaites vraiment développer cet artisanat, tu ne peux pas la réduire à un hobby et tu es obligé de t’installer dans un lieu adapté. »

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ankewool.com

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